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Conférences - Compte rendus …

 

Huguette Thélot :          « Camus et la Grèce antique » -  5 février 2019

 

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Rappelons l’annonce de cette conférence :

 

« Né sur les bords de la Méditerranée, dans cette Afrique du Nord, si proche de l’Europe et riche en vestiges antiques, Camus, dès sin enfance, a vécu d’instinct comme un grec (ou plutôt comme une « Hellène ») sur l’« Agora » de Belcourt. Confirmé par ses études, cette « hellénité », évidente ou implicite, traverse et enrichit toute son œuvre ! »

 

Merci à la conférencière d’avoir mis à notre disposition le texte intégral:

 L’ «  Hellénité » de Camus

Que signifie le mot hellénité ?   Hellénité n’est pas  Grécité. Le Graecus  est vu (avec un certain mépris) par les Romains colonisateurs ( Timeo Danaos et dona ferentes : je me méfie des Grecs, même lorsqu’ils offrent des cadeaux »). Mais l’Hellène, à travers ses mythes,  au -delà de l’Histoire,  nous rappelle sa gloire d’autrefois.

Hellénité, d’abord, pour Camus, et non Hellénisme. Le suffixe isme implique un choix intellectuel et conscient, ité une façon d’être, un tempérament dont la sensibilité guide l’intelligence sans que l’être en soit pleinement conscient. Avant de devenir Helléniste au lycée,  Camus est   Hellène de naissance. L’Algérie  ne fait que le confirmer, par les « lois non écrites » d’une géographie plutôt    cosmogonique qu’humaine.

J’essaie  de ressusciter un Camus qui n’est pas encore le philosophe, homme de théâtre, romancier, installé dans la célébrité officielle et historique, mais plutôt, dans les zones plus profondes de sa personne et du développement initial de son être, le « premier homme «  qu’il a lui-même désigné.

 Remontons le temps : près de l’ile des Phéaciens, un radeau a chaviré. Un homme se cramponne à son radeau, puis nage vers la terre.  La mer est déchainée, chargée de la colère de Poseidon. Mais une autre divinité marine, Ino  aide Ulysse(ou plutôt Odysseus, car c’est bien lui !!) en l’enveloppant d’un voile protecteur « pendant deux jours et deux nuits, il dériva sur la vague gonflée... La tête en avant, se jetant à la mer, il étendit les deux mains  pour se mettre à nager pendant deux jours ». Long passage où il devient évident que malgré la douleur et la peur, pour ce nageur remarquable la mer,  est un élément familier,  un adversaire moins hostile qu’elle ne le paraît,  qui après l’avoir tourmenté sur ordre, finit par l’épargner.

Sautons des millénaires. Aux pestiférés d’Oran,   la mer est interdite (par hygiène ou-- dit  Camus, « pour empêcher les héros de rejoindre la vérité des choses ». Rieux et Tarrou  méprisent la loi de la cité. Des  Images ambigües accompagnent cette transgression « …souple et lisse comme une bête... ; respiration calme … Elle sifflait  doucement… »   Par une  sorte de pari, cette zone interdite leur offre libération,  protection et « un étrange bonheur ».

Paisible ou coléreuse, « la mer la plus vieille du monde »,   « salive des Dieux » est perçue comme une partenaire vivante. L’Odyssée est un poème marin,  les escales d’Ulysse sont des iles. Mais  Oran est une étrange cité coupable (au contraire d’Alger) de  s’être bâtie dos à la mer.

Cette  Méditerranée (la seule vraiment aimée), malgré un voyage anecdotique sur l’Océan et un passage de l’Equateur,  joue un rôle essentiel dans la vie  de l’enfant  d’Alger qui n’est encore ni écrivain ni philosophe mais petit pauvre élevé à la dure et heureux malgré tout. Sur cette côte d’Afrique du nord,  la plage, seul luxe des enfants démunis est  un paradis naturel.  « La mer, je ne m’y perdais pas, je m’y retrouvais » dit le petit « Premier homme ».  Il ne sait pas  encore  son nom hellène, thalassa, qui évoque si bien le bruit du ressac. Mais peut-être son nom commun évoque-t-il une image maternelle plus tangible que la vraie. Il la découvre, juché sur le dos de son oncle nageur.

 La région d’Oran  est naturellement aride, comme le Péloponnèse.  Camus décrit ce qu’il a l’habitude de voir : Peu ou pas de végétation. En revanche, les constructions et monuments  en ruines  de Tipasa, qui relient au présent le passé millénaire sont longuement évoqués  dans l’Eté : « je   retrouvais là l’ancienne beauté, un ciel jeune ».

  Le citoyen grec, le politès  passait sa journée sur l’agora (place publique) : rencontres, dialogues querelles, discours, observations etc.

Dans  Le Premier homme, on découvre l’emploi, inattendu, du mot aède pour désigner le narrateur d’une partie de chasse plus pagnolesque qu’homérique.

 Premier homme, sans père  l’enfant est soumis à une grand-mère que sa dureté –peut-être excusable-transforme en une sorte d’Erinnye,   capable de déceler et de châtier la moindre  faute-  tandis que sa mère  est incapable de lui  exprimer son amour ; quand  il échappe à ce  calamiteux gynécée ,  la petite place de  Belcourt est son agora. Il vit dehors, apprend, comme Meursault, le codes claniques de « « voyous » (au sens étymologique : enfants de la rue),  les lois non écrites d’une cité, laquelle, comme la  polis grecque   offre un centre où les gens se retrouvent dans une sorte  de fraternité tellurique.

Il en a pleine conscience  et  ironise  dans l’Eté sur la rivalité d’Oran et d’Alger dans le foot ou la boxe Alger, raffiné, comme Athènes, méprise  les Oranais, un peu «  Béotiens » (« ploucs », en argot classique).Les Oranais, accusent les Algérois de « chiqué »(snobisme ). Mais personne n’est assez belliqueux pour réincarner Lacédémone.

Camus ne manque pas une occasion d’exprimer son amour  de la Grèce. Un voyage manqué (à cause de la guerre) fera  de cette contrée le pays d’un rêve que Camus hésitera longtemps à réaliser.

Hellène encore sa fascination pour le soleil et la double nature (bénéfique et maléfique) de celui-ci Evoquée dans l’Eté, cette ambivalence  commande l’intrigue de L ‘Etranger.

Enfin, grâce au «  pédagogue », Louis Germain,  l’enfant élu, est conduit, envers et contre tout, vers le soleil du Savoir.

 Pour l’’élève Camus, L’Hellénisme  se greffe tout naturellement  sur l’Hellénité : choix scolaire et culturel d’un esprit déjà prêt par nature à le faire.  Remarquons que son goût le porte vers les temps mythiques de l’Hellade Il préfère  méditer sur le Minotaure,  sur Hélène que sur Socrate !

 Son D.E.S  dans un  effort pour relier  la pensée chrétienne à la pensée  grecque a pour sujet Plotin Mais il déclare avec ironie : « paganisme pour soi, christianisme pour  les autres c’est le désir instinctif de chaque être », et, plus sérieusement ; « Le monde avec lequel je suis le plus à l’aise : le mythe grec ».

Devenu écrivain consacré et homme de théâtre, il a exploré divers systèmes tragiques : enfermement dans La Peste et son pendant théâtral l’Etat de siège, tourments intérieurs  de culpabilité dans La Chute, seul roman brumeux dans une œuvre ensoleillée, fatalité cruelle dans Le Malentendu,  conflit moral entre humanité et fanatisme dans Les Justes, prison mentale  de la folie dans Caligula etc.

Ces chemins de l’être profond  l’ont cependant mené dès le début  sur la voie de l’Hellénité. Nous allons découvrir, là où on s’y attendrait le moins,  une tragédie antique  où Camus sera notre guide et peut-être un protagoniste invisible.

A ma connaissance, il n’a jamais  qualifié l’Etranger de tragédie. C’est pourtant dans cette œuvre que se révèle  le mieux l’Hellénité de Camus, Hellénité qui entraîne logiquement la rencontre avec le tragique.

Pour comprendre cette logique il faut d’abord  remonter le temps et  rappeler la : manière dont les Grecs considéraient leurs Dieux.

Trois groupes : ceux de la mer (Poseidon), ceux  du sous-sol, Pluton, ceux du ciel les Olympiens. Seuls ces derniers nous intéressent ici car leur territoire est le plus proche de celui des hommes.

Commandés tant  bien que mal par  le roi Zeus et la reine Héra, ces « Immortels » passent leur temps à se chamailler, à se jouer des tours pendables à manier la foudre pour donner des frayeurs aux mortels, à se battre contre les Titans  en envoyant d’énormes rochers sur la terre à se cocufier, bref à s’ennuyer... mortellement.

Vaguement effrayés par une mystérieuse déesse, la Moïra (destinée), à laquelle ils sont censés obéir (mais ils ne le font pas toujours), quand ils s’ennuient, ils se tournent vers les hommes.

La beauté, chez ces derniers les attire  irrésistiblement Comme s’ils ne voulaient pas avouer leur identité, ils prennent diverses formes pour les séduire   se promènent parmi eux (Pâris et la Pomme d’or), vont jusqu’à les enlever pour les faire vivre parmi eux (Hébé, Ganymède).

Mais souvent, par -dessus leurs nuages ils se contentent de les observer ... et inventent le spectacle interactif !!! Quoi de plus passionnant  que la Guerre de Troie. Dans l’Iliade, chaque dieu ou déesse est un supporter qui a choisi son camp. Ils trichent à qui mieux mieux en descendant sur le champ de bataille pour  attraper les flèches et les détourner de leur but.

Mais que faire quand il n’y a pas de guerre ? Ils inventent le théâtre. La comédie ne les intéresse pas. Ils préfèrent la tragédie car,  pour eux, la souffrance humaine est un spectacle réjouissant. Le tragos, bouc sacrifié  et les  lamentations harmonieuses  qui accompagnent la cérémonie ne leur suffisent pas.

Par chance, il peut exister un homme assez méchant pour amorcer une tragédie : Atrée, jaloux de son frère Thyeste lui  fait manger ses propres enfants. Bon prétexte pour les Dieux  de lancer la malédiction des Atrides, qui,  d’Iphigénie à Oreste, en passant par Agamemnon,  Clytemnestre et Egisthe,   les divertit considérablement.

 Mais que faire quand il n’y a pas de méchant ? Ou pas de femme assez vaniteuse pour se dire, comme Pasiphaé (mère de Phèdre, aussi belle qu’Aphrodite) ?  Qu’à cela ne tienne : un  nourrisson  reçoit un oracle : il tuera son père et épousera sa mère. Il le sait (ses pieds enflés le lui rappellent), fait tout pour y échapper car ce pauvre Œdipe n’est pas un méchant  Mais les Dieux lui organiseront un piège et se donneront le plaisir raffiné  et cynique de punir son innocence.

Je vais vous surprendre, peut-être vous choquer. Si vous voulez avoir une idée de la manière dont beaucoup d’Hellènes voyaient leur Panthéon, allez voir une bonne représentation  d’ « Orphée aux Enfers » d’Offenbach !! A cette époque, les spectateurs, comme les librettistes avaient  tous fait leurs  « humanités »et lu Aristophane, comme Eschyle, Sophocle et Euripide.

Mais la victoire des Dieux n’est pas complète : l’hellénité s’offre une revanche. De même que le Titan Prométhée, l’humain Œdipe défie les Dieux en se faisant son propre juge et en acceptant son  élection tragique.

Ainsi, toutes les représentations  humaines   de tragédies ne sont que  des répétitions commentées des tragédies originelles dont les Dieux sont censés être les  auteurs.

Sautons quelques millénaires et arrivons à l’Etranger que je vous propose, preuves à l’appui, de considérer comme une tragédie grecque mise en scène par des puissances surhumaines.

Le personnage central de l’Etranger est  un homme ordinaire ou plus exactement incolore et vide (« écriture blanche »,  temps équivoques des verbes, notamment  dans le fameux incipit)   mais inconsciemment pétri d’hellénité  et destiné à devenir un héros tragique.

Son nom Meursault (la remarque a été déjà faite) combine trois sonorités significatives qui évoquent  la mer, le soleil et le meurtre. Il n’a pas de prénom - ou du moins personne ne le connaît !!

L’Hellénité de Meursault, c’est encore son goût de la mer et du soleil, son fatalisme qui lui fait accepter la mort de sa mère, son indifférence  devant le cercueil, sa gourmandise  (le café AU LAIT plutôt que le café noir, la cigarette),  épicurisme  naturel qui le fait  s’unir à Marie,  s’amuser à un film de Fernandel, jouer comme un enfant avec Céleste, et se situe hors du temps, par une répétition  indifférente du quotidien.

 C’est  encore son habitude de l’Agora qui lui fait observer les gens, connaître le langage et les codes non écrits de la rue. Son refus de juger ou son amoralité qui lui fait accepter   la camaraderie du truand et souteneur  Raymond Sintès, mais ne l’empêche pas d’avoir pitié du vieux Salamano.

Ordinaire mais repéré et prédestiné (les vieillards juges,  la première mutation solaire  maléfique  de l’enterrement,  la réflexion de l’infirmière masquée, sa réflexion  ultérieure sur son propre tempérament, sur sa dépendance aux sensations.) Il accepte, avec indifférence, tous les rôles : amoureux, complice passif du truand Raymond etc.

Pendant ce temps la tragédie tisse sa toile autour du héros qu’elle va obliger à « jouer »son rôle. Pour cela elle ruse et prend le masque du drame (dans un drame, rien n’est fatal, l’homme peut toujours agir pour se tirer d’affaire).

L’apparence trompeuse du drame vulgaire - décor familier et positif (cabanon à la plage, réunion d’amis) problème banal ; deux clans rivaux se défient (l’agora et ses voyous) ; présence d’armes ordinaires revolver et couteau (blessure sans gravité de Raymond) - prépare le piège.

Meursault, commet sa première erreur. Son hellénité, inconsciemment épicurienne veut la tranquillité (ataraxie) ; pour éviter le drame il confisque le revolver qui dans sa poche devient,  croit-il, un objet inoffensif  Deuxième erreur il ne retourne pas au cabanon car, encore, sa recherche de la tranquillité lui fait fuir «  les pleurs de femmes »  Troisième erreur, il se dirige,  vers le bien-être physique de la source ombragée qu’il n’est pas seul à connaître (parmi les habitués de l’Agora).

Meursault est donc manipulé par une mise en scène qu’il ignore Mais il n’est pas le seul .A tout protagoniste, il faut un deutéragoniste, le voyou sans visage, désigné comme l’Arabe ou plutôt « le type de Raymond », partenaire jumeau et complémentaire du spectacle qui va se  dérouler.

Aucun des deux n’a envie de se battre Chacun désire la fraîcheur et le repos par une fraternité de tempéraments. Tout  pourrait en rester là. C’est compter sans  la mise en scène  inhumaine qui va s’imposer.

    A partir de ce moment, plusieurs phénomènes vont se produire.

Une mutation maléfique du décor : Ciel, mer et soleil vont changer de nature : l’ « écriture blanche » se mue en un lyrisme métaphorique. Ce n’est plus l’univers habituel de Meursault.

Une manipulation  également maléfique des comportements : Aucun des deux hommes n’est agressif. Chacun voudrait seulement que l’autre s’en aille. Mais ils utilisent la gestuelle codée des voyous de la rue,  ou de l’Agora.

 A partir de ce moment les armes vont entrer en scène, mais - du point de vue humain -  comme des signes, des symboles dissuasifs et  en principe, non agressifs. Mais les Dieux, impatientés prennent le relais. L’Arabe présente son couteau dans le soleil. Ce n’est qu’une gesticulation (va-t-en et laisse- moi tranquille). Il n’a nullement l’intention de s’en servir. Un réflexe-  miroir fait que « naturellement »  (par référence à un code) Meursault touche le revolver dans sa poche.

C’est l’instant où le combat se modifie, en même temps que le style : des images épiques apparaissent : Meursault n’est pas blessé  par le couteau, arme humaine, mais par son reflet, arme divine d’un soleil maléfique Un vague éveil de lucidité intervient « j’ai pensé »  Mais cet  effort de libération  est contrarié : Meursault se sent «  poussé » en avant. Un enchainement fatal : rideau de  sueur (aveuglement symbolique) crispation réflexe du premier coup de feu tiré à travers  la poche sans viser. Marionnette inconsciente  et aveugle, Meursault  est transformé en meurtrier.

Si tout en restait là, Meursault pourrait encore plaider non coupable, Le  DRAME de l’insolation, de la folie appelée « coup  de bambou ».

Mais il manque aux Dieux un dernier plaisir  raffiné.  Contempler la prise de conscience  de sa terrible élection et de sa responsabilité par le héros, tout en exerçant, avec leur habituelle  mauvaise foi, leur droit de se sentir offensés et de punir le sacrilège.

J’ai compris : j’avais détruit l’équilibre du jour (curieuse formulation de sa culpabilité), mais déjà la Phèdre de  Racine s’empoisonne « pour rendre au jour… toute sa pureté ». Conséquence : QUATRE coups de plus. Seuls ces quatre coups  « sur un homme à terre » (encore les codes humains) et « sur la porte du malheur » (prise de conscience tragique) compteront. (Est-ce une allusion à la «Cinquième symphonie » ?)  Mais la représentation  est terminée. Réapparaissent une mer et un soleil inoffensifs et familiers. La suite  est progressive. Devant les juges humains décidés à l’exclure (et qui  appartiennent à une  société moderne pour laquelle l’hellénité n’a pas de sens), Meursault va poursuivre avec peine sa prise de conscience et sa mutation. La perspective de son exécution l’enferme dans le temps ; Même soleil que le jour où j’ai enterré maman (signe maléfique d’élection, instrument pour faire de lui un meurtrier).

Son procès, perdu d’avance, est peuplé de signes plus ou moins énigmatiques : Chaleur intense, ballet obsédant des éventails, visage jumeau  d’un journaliste. , ambiguïté de l’accusation qui se déplace du meurtre au non- pleur,  contaminatio culturelle, car la sacralisation maternelle n’est pas grecque, mais  méditerranéenne. Meursault est désigné comme un   monstre inhumain et prédestiné « qui a enterré sa mère avec un  cœur de criminel » et que la société doit vomir, comme un poison dangereux.

Le piège du « pourvoi »(le « « sale espoir »  dénoncé par l’Antigone d’Anouilh,  expose Meursault à la tentation religieuse, qu’il rejette avec autant de force qu’une tentation démoniaque, (malgré le caractère sympathique que Camus a prêté à l’aumônier :  En refusant le  Dieu chrétien, Meursault nie tous les autres Dieux,  s’égale à Prométhée  dénonce le chantage, selon lui « mensonger, exercé par la divinité, quelle qu’elle soit , sur les humains : une «  Autre vie »,  à condition de se soumettre, voire de s’aliéner.    Meursault « cœur fermé » selon l’aumônier  ne croit qu’en la nature, réalité immédiate, à « la tendre indifférence du monde » qui dispense immédiatement et sans condition ses bienfaits à qui sait les recevoir. Inversion contradictoire par rapport à la mutation de la nature qui l’a poussé au meurtre .Mais ni panique ni dionysiaque  comme Giono, Camus  propose un »épicurisme » sans formulation savante, ni   didactique ni moralisatrice. Mais Camus, homme chaleureux et  toujours « engagé » ressemblait fort peu à son héros.

Les cris de haine indiqueraient à Meursault, seul avec le reflet déformé de son visage dans une gamelle,    qu’il  a réussi à se »déclarer »comme l’Electre de  Giraudoux) à sortir du troupeau aveugle des hommes,  bernés et manipulés par  les mensonges divins .Camus avait-il conscience de l’Hellénité de Meursault, d’avoir  construit autour de ce moderne tragos (bouc émissaire) une tragédie antique?  Il ne l’a jamais  dit ; Ce qui ne prouve rien .Camus n’est pas Meursault mais son jumeau inversé comme dans une carte à jouer, faiblement equissé dans La mort heureuse Mersault devient Meursault.  Aux chants de la mer et du soleil s’ajoute le glas sinistre du meurtre.

J’ai tenté de démontrer que l’Hellénité  de Camus a pu le mener très loin. La plupart des lecteurs  de l’Etranger en conviennent : la scène du meurtre  est particulièrement étrange, non seulement en elle-même, mais aussi par rapport  au style habituel de l’auteur,  et à l’histoire : rupture de style, d’atmosphère, impression  de déchirement de la toile du récit vers une perspective totalement différente et cependant nécessaire. On découvre  ainsi un émule de Prométhée qui aurait pour ennemis non seulement les Dieux cruels,  mais aussi les hommes naïfs. Héros « expérimental » que Camus désavoue. Mais pour en faire l’expérience,  l’Hellénité était nécessaire. Je vous ai fourni mon interprétation personnelle. Vous aura-t-elle convaincus ? Ou tout au moins intéressés ?

        Une légende raconte que « le bouillant Achille » interrogé par un oracle, a préféré  une  destinée  illustre et brève à une existence longue, mais obscure.  Peut-être Camus, visité (en rêve ?) par quelque  antique et familière divinité, a-t-il  fait le même choix ??

***

Voici quelques images de la présentation PowerPoint d’Huguette Thélot que vous pouvez visualiser en cliquant sur le logo ci-dessous et si vous avez PowerPoint sur votre ordinateur :

 

    

 

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